Humus est un roman sur l’agriculture et l’agroalimentaire mais c’est bien plus que cela : c’est un roman sur notre époque et ses débats les plus intenses, sur l’écologie, les inégalités, le délitement du lien social, l’amitié, les nouvelles relations amoureuses, etc.

Balzac des temps modernes, Gaspard Koenig trace le parcours sur une dizaine d’années de deux amis, Arthur et Kevin, qui se rencontrent sur les bancs d’AgroParisTech déménagé sur le plateau de Saclay. Bien qu’issus de milieux sociaux très différents, ils partagent la préoccupation de leur génération pour la dégradation de l’environnement et la crainte de l’effondrement. Une conférence d’un scientifique atypique, Marcel Combe, sur les lombrics, va changer leur vie. Car l’humble ver de terre pourrait sauver le monde, ressuscitant les sols appauvris par des excès de labours et d’intrants.
Tels Lucien de Rubempré et David Séchard dans Illusions perdues de Balzac, Arthur et Kevin vont suivre leurs propres voies divergentes et, chacun à leur façon, tenter de mettre en pratique le message de Marcel Combe (personnage inspiré de Marcel Bouché).

Kevin (beau comme Lucien de Rubempré) crée une start-up de vermicompostage bientôt financée par les business angels de la Silicon Valley ainsi que par la BPI, et courtisée par les grandes entreprises comme L’Oréal, soucieuses de faire disparaître leurs déchets.
Plus modestement, inspiré par les philosophes grecs d’Epicure à Sénèque, Arthur (sage comme David Séchard) reprend la ferme de son grand-père, où il essaie d’appliquer la permaculture et l’inoculation de vers de terre.
L’auteur ne prend pas parti pour une stratégie ou pour une autre, il observe les efforts de ses personnages avec ironie mais aussi avec tendresse. De même, il renvoie dos à dos les agriculteurs « conventionnels » et les néo-ruraux : il comprend les uns et les autres et fantasme même, brièvement, leur réconciliation.
Le roman finit en apothéose, sur un scénario de science-fiction pas complètement improbable, inspiré des mouvements souterrains qui agitent la vie sociale et politique.
Gaspard Koenig, comme le lombric, s’est nourrit d’un substrat riche et l’a restitué sous une forme romanesque et palpitante. Humus touchera ainsi beaucoup plus que ne l’aurait fait un essai sur ce thème, la fiction permettant un traitement moins manichéen et plus complexe – or, la complexité est ce qui manque le plus aujourd’hui.